Dieu avait fourré
son doigt dans le réseau de mes nerfs et discrètement,
en passant, il avait un peu embrouillé les fils.
(Knut Hamsun, Faim)
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L'amour fut la première parole de Dieu et la première
pensée qui traversa son esprit. Lorsqu'il commanda
" Que la lumière soit ! ", l'amour fut. Toute
sa création fut réussie et il ne voulut rien
y changer. Et l'amour, qui avait été à
l'origine du monde, en fut aussi le maître. Mais ses
chemins sont parsemés de fleurs et de sang. De fleurs
et de sang...
(Victoria, trad. Ingunn Guilhon, p.38, Livre de Poche n°5418)
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L'amour, c'est un vent qui murmure dans les rosiers, avant
de tomber. Mais il peut être aussi un sceau inviolable
jusqu'à la mort. Dieu a créé plusieurs
types d'amour : ceux qui durent et ceux qui s'évanouissent.
(Victoria, trad. Ingunn Guilhon, p.125, Livre de Poche n°5418)
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"Le langage doit couvrir toutes les gammes de la musique.
Le poète doit toujours, dans toutes les situations,
trouver le mot qui vibre, qui me parle, qui peut blesser mon
âme jusqu'au sanglot par sa précision. Le verbe
peut se métamorphoser en couleur, en son, en odeur
; c'est à l'artiste de l'employer pour faire mouche
[...]. Il faut se rouler dans les mots, s'en repaître
; il faut connaître la force directe, mais aussi secrète
du Verbe.[...] Il existe des cordes à haute et basse
résonance, et il existe des harmoniques...".
(Knut Hamsun, Article 1886)
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Le temps coule vite. Oui, pour celui qui se sent devenir
vieux. Isak n'était pas vieux, ses forces étaient
intactes ; les années lui semblaient longues. Il cultivait
sa terre et laissait sa barbe rude croître comme elle
le voulait.
(Knut Hamsun, Les Fruits de la Terre)
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Pretoria et Colombia, dit August. Ils se rencontrent. Ce
sont deux fleuves, grands comme des mers, et ils se précipitent
furieusement l'un sur l'autre comme pour se battre. Tu entends
le grondement à dix milles à la ronde ; et les
embruns rejaillissent si haut que, dans la région,
le soleil est toujours caché. Maintenant, Teodor, tu
vas me demander comment les gens ont du jour là-bas
? En un sens, tu as raison ! Ils n'ont que de la lumière
de la lune ; mais c'est un clair de lune d'une autre sorte
que la notre, ça ne peut pas se comparer : il est comme
le soleil le plus éblouissant de chez nous.
(Knut Hamsun - August le marin)
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Il y avait une pierre devant ma hutte, une haute pierre
grise. Elle avait une expression de bienveillance à
mon égard, c'était comme si elle me voyait,
quand j'arrivais, et me reconnaissait. Je m'arrangeais pour
passer devant cette pierre quand je sortais le matin et c'était
comme si je laissais là un bon ami qui m'attendrait
jusqu'à mon retour. » Ou encore : « J'étais
couché et regardais les branches qui ondoyaient doucement
dans le courant d'air ; ce petit vent accomplissait sa tâche
: il portait le pollen de branche en branche et emplissait
chaque innocent calice ; toute la forêt était
dans le ravissement.
(Knut Hamsun, Pan)
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L'ambiance de la forêt investissait mes sens, je pleurais
d'amour et j'en étais tout content, j'étais
éperdu de remerciements. Ô bonne forêt,
mon foyer, paix de Dieu, je vais te dire de tout mon coeur...
Je m'arrêtai, me tournai dans toutes les directions
et nommai, en pleurant, des oiseaux, des arbres, des pierres,
des herbes et des fourmis, par leur nom.
(Pan - Knut Hamsun)
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On aurait dit qu'une veine avait éclaté en
moi, les mots se suivent, s'organisent en ensembles, constituent
des situations ; les scènes s'accumulent, actions et
répliques s'amoncellent dans mon cerveau et je suis
saisi d'un merveilleux bien-être. J'écris comme
un possédé, je remplis page sur page sans un
instant de répit. [...] Cela continue à faire
irruption en moi, je suis tout plein de mon sujet et chacun
des mots que j'écris m'est comme dicté.
(Faim - Knut Hamsun)
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De ma cabane, j'apercevais un fouillis d'îles, d'îlots
et de récifs, un peu de mer, quelques pics de montagnes
bleuissantes, et derrière ma cabane il y avait la forêt,
une forêt immense. J'étais plein de joie et de
reconnaissance à la senteur des racines et des feuilles,
au fumet gras du pin qui évoque l'odeur de la moelle
; ce n'est que dans la forêt que tout en moi se faisait
calme, mon âme perdait ses aspérités et
s'emplissait de puissance. Jour après jour, je marchais
par les collines, Esope à mes côtés, et
je ne souhaitais rien d'autre que de pouvoir continuer de
marcher là jour après jour bien que le sol fût
encore à moitié couvert de neige et de boue
humide.
(Pan - Knut Hamsun)
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Je me percevais moi-même comme un insecte à
l'agonie, saisi par l'anéantissement au milieu de cet
univers prêt à s'endormir. En proie à
d'étranges terreurs, je me levai et fis quelques pas
rapides dans l'allée. Non ! criai-je, en serrant les
poings, il faut que tout cela finisse ! Je me rassis, repris
mon crayon, décidé à mettre à
exécution mon idée d'article. Ce n'était
pas le moment de s'abandonner, quand on avait devant les yeux
l'image du terme impayé.
Lentement, mes pensées commencèrent à
s'enchaîner. Je les suivais attentivement et j'écrivis
paisiblement, avec pondération, quelque chose. Cela
pouvait être le début de n'importe quoi, une
relation de voyage, un article politique, ce que bon me semblerait.
C'était un très bon début pour bien des
choses.
Je me mis ensuite à chercher une question déterminée
que je puisse traiter, un homme, une chose sur quoi me jeter,
mais je ne pus rien trouver. Au milieu de ces stériles
efforts, le désordre commençait à revenir
dans mes pensées, je sentais littéralement des
ratés dans mon cerveau, ma tête se vidait et
finalement elle était sur mes épaules, légère
et dépourvue de contenu. Je percevais avec tout mon
corps ce vide béant de ma tête, je me faisais
à moi-même l'effet d'être évidé
de haut en bas.
"Seigneur, mon Dieu et mon père !" criai-je
dans ma douleur et je répétai cet appel plusieurs
fois de suite sans rien ajouter. Le vent bruissait dans les
feuilles, un orage se préparait. Je restai encore un
instant à fixer désespérément
mes papiers, puis je les pliai et les mis lentement dans ma
poche. Le temps fraîchissait et je n'avais plus de gilet
; je boutonnai ma jaquette jusqu'au cou et fourrai les mains
dans les poches. Puis je me levai et partis.
(Knut Hamsun, Pan)
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La seule chose qui
me gênât un peu, c'était, malgré mon dégoût de la nourriture,
la faim quand même. Je commençais à me sentir de nouveau un
appétit scandaleux, une profonde et féroce envie de manger
qui croissait et croissait sans cesse. Elle me rongeait impitoyablement
la poitrine ; un travail silencieux, étrange, se faisait là-dedans.
(Knut Hamsun, Mystères)
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''Il peut pleuvoir et tempêter, ce n'est pas cela qui
importe, souvent une petite joie peut s'emparer de vous par
un jour de pluie et vous inciter à vous retirer à
l'écart avec votre bonheur. Alors on se redresse et
on se met à regarder droit devant soi, de temps à
autre on rit silencieusement et on jette les yeux autour de
soi. A quoi pense-t-on? A une vitrine éclairée
dans une fenêtre, à un rayon de soleil dans la
vitrine, à une échappée sur un petit
ruisseau, et peut-être à une déchirure
bleue dans le ciel. Il n'en faut pas davantage.''
(Knut Hamsun, Pan)
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Je suis assis dans la montagne et la mer et l'air murmurent,
cela bouillonne et gémit horriblement dans mes oreilles
à cause du temps et du vent. [...] La mer se soulève
en l'air en écumant et chancelle, chancelle, elle est
comme pleuplée de grandes figures furieuses qui écartent
leurs membres et braillent l'une contre l'autre; non, c'est
une fête parmi dix mille démons sifflants qui
renfoncent leur tête dans les épaules et tournent
en rond, fouettant la mer en mousse du bout de leurs ailes.
Loin, loin là-bas...
(Knut Hamsun, Pan)
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Mon esprit fut saisi par le sentiment de lété:
Imaginez que le doux murmure qui court dans l'herbe vous traverse
le coeur.
(Knut Hamsun, Pan)
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Ces derniers jours, j'ai pensé, pensé au jour
éternel de lété dans le Nordland.
(Knut Hamsun, Pan)
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Subitement je me mets à claquer des doigts plusieurs
fois de suite et à rire. C'était diablement
drôle ! Ha ! Je m'imaginais avoir trouvé un mot
nouveau. Je me dresse sur mon séant et je dis : «
Ca n'existe pas dans la langue, c'est moi qui ai inventé
ça : Kuboa. Ca a des lettres, comme un mot. Bonté
divine, mon garçon, tu as inventé un mot ' Kuboa'
d'une grande importance grammaticale.
(Knut Hamsun, Faim)
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J'avais remarqué très nettement que si je jeûnais
pendant une période assez longue, c'était comme
si mon cerveau coulait tout doucement de ma tête et
la laissait vide.
(Knut Hamsun - La Faim)
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Comment s'appelle votre propriétaire ? En
toute hâte j'inventai un nom pour me débarrasser
de lui, je fabriquai ce nom sur-le-champ et le projetai dans
l'espace pour arrêter mon persécuteur. -Happolati,
dis-je. -Happolati, oui, approuva l'homme sans perdre
une syllabe de ce nom difficile. Je le regardai avec étonnement
: il gardait tout son sérieux et avait une mine réfléchie.
Je n'avais pas plus tôt prononcé ce nom stupide
qui m'était venu à l'esprit, que l'homme le
reconnaissait et feignait de l'avoir déjà entendu.
[...] -N'est-il pas marin, votre propriétaire
? demanda l'homme, et il n'y avait pas trace d'ironie dans
sa voix. Je crois me rappeler qu'il était marin
? -Marin ? Faites excuse, ce doit être son frère
que vous connaissez. Celui-ci est en effet J.A.Happolati,
agent. Je croyais que ceci allait l'achever ; mais l'homme
se prêtait à tout. -Il paraît que c'est
un habile homme, à ce qu'on m'a dit ? fit-il,
pour tâter le terrain. -Oh ! C'est un roublard,
répondis-je, une fameuse tête pour les affaires,
agent pour n'importe quoi, airelles pour la Chine, plumes
et duvets de Russie, peaux, pâte de bois, encre... -Héhé
! bougre de bougre, interrompit le vieillard, ragaillardi.
Ca commençait à devenir intéressant.
Je n'étais plus maître de la situation : l'un
après l'autre les mensonges surgissaient de ma tête.
Je me rassis, j'avais oublié le journal, les documents
mystérieux, je m'excitais et coupais la parole à
mon interlocuteur. La naïveté du petit vieux me
rendait téméraire, je voulais l'abreuver de
mensonges, sans ménagements, le mettre en déroute,
grandiosement. Avait-il entendu parler du psautier électrique
que Happolati avait inventé ? -Quoi, élec...!
-Avec des lettres qui devenaient lumineuses dans l'obscurité
! Une entreprise absolument colossale. Des millions de
couronnes en mouvement, des fonderies et des imprimeries en
pleine activité, des légions de mécaniciens
occupés, avec des appointements fixes, j'avais entendu
parler de sept cents hommes. -Qu'est-ce que je vous disais
! fit l'homme tout doucement. Il n'en dit pas davantage.
Il croyait tout ce que je racontais, mot pour mot, et néanmoins
il n'était pas frappé de stupeur. Cela me déçut
un brin, j'avais espéré le voir affolé
par mes inventions.
(Knut Hamsun, Faim)
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Je ne pense pas qu’on puisse découvrir dans
mes œuvres, depuis que j’ai commencé à
écrire, un seul personnage " tout d’une
pièce ". "Mes personnages sont tous exempts
de ce qu’on appelle abusivement le caractère.
Ils manifestent tous les divisions, les déchirements
de leur nature. Ils ne sont jamais bons et mauvais, mais à
la fois l’un et l’autre et, dans leur essence
illuminée par la réalité, reflètent
les millions d’aspects de leur nature. Je suppose que
moi-même je suis ainsi.
(Knut Hamsun, sur son art)
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